Adil n'est plus, il avait 19 ans.
Barbara n'est plus, elle avait 16 ans.

Lui, il était confiné et s'est évadé le temps d'un instant.
Ce fut son dernier.
Elle, elle était libre comme l'air. C'était il y a environ 22 ans.

Mais leur fin fut similaire, violente, abrupte, tragique et sans concession.
L'un a fini dans la bagnole d'un flic, l'autre dans le poteau de l'arrêt de bus qui nous conduisait chaque jour au collège.
Ils sont partis, ils s'en sont allés.

Elle, elle était plus grande que moi. Elle était fascinante avec ses longs cheveux noirs et ses grands yeux. Elle pouvait s'échapper un peu de notre petite route de bord de Seine, de notre petite vie de banlieusarde un peu ennuyeuse et éloignée de tout. Nous avons grandi ensemble, dans le même quartier. Nous avons fréquenté les mêmes écoles mais je ne connaissais pas vraiment Barbara.

Adil, je ne le connaissais pas du tout.
Mais cette histoire qui se répète a fait écho à ce que j'ai pu ressentir du haut de mes 13 ou 14 ans.
Une putain d'injustice, un ressentiment intense, t’arrachant une petite part de l'innocence enfantine qui t'habite encore. Ce genre d'événement bouleverse la communauté et te plonge tout droit dans le marasme de la vie d'adulte à laquelle tu ne comprends pas encore grand chose mais dont tu arrives à saisir certains contours.

Je suis adulte maintenant et Adil n’aurait jamais dû mourir.
Pas maintenant, et pas comme ça.

Lui, il n’aura pas eu le temps de vivre. Il n’aura peut-être pas eu le temps de voir le monde en dehors de son quartier.
Qu’en avait-il compris ? Qu’avait-il esquissé de sa vie d’adulte qu’il n’aura jamais ?
Il avait choisi d’être ce cœur rebelle, insouciant et incertain. Au lieu de ça, il sera un cœur absent.

Il n’aura rien, il n’aura plus, il n’est plus !
À propos de l'œuvre...
C'était étrange de se replonger dans ce souvenir. Mais impossible de ne pas penser à elle... Merci à Camille et Achille pour cette jolie expérience. C'était fort, c'était poignant et plein d'humanité. Vous m'avez beaucoup touché ! Je dois dire que cela fait beaucoup de bien de penser à autre chose, de se connecter à des personnes inconnues. La bise à toutes et à tous !

Liliana Bollini

Nîmes (France)