No man's land

En minorité, visible, déjà, chez moi.
Déchiré, je le sens, je le vois.
fêLure.

Je regarde, haut dans le ciel. Où va cet avion?
-Préparez-vous, nous partons demain.
-Mais non, demain, c’est mon premier jour d’école.
-Tu iras dans une autre école, dans un autre monde.
fracTure.




Je parle français maintenant. J’écris de gauche à droite.
Mes nouveaux amis sont blonds. Leurs habits sont neufs.
déCoupure.

Ce matin-là, les balles ont retenti bien avant le réveil.
-Passez sous les fenêtres! Ramassez vos documents!
Les soldats, les pillages. La fuite.
Nous quittons. Mon cœur pleure.
décHirure.

L’enfant n’est plus. Mais il a vu.
Débarqué dans le Grand Monde, trop vite.
Les gens vont vite, les trains vont vite. Le temps passe vite.
Mon cœur bat vite...
-Aligne toi mon grand, c’est le Grand Monde, il n’attend pas.
J’essaie, je cours mais je n’y arrive pas.
casSure.

Révoltés, je crie, de rage, de colère, de désespoir.



Soudain, tout se fige.
-Vous m’avez attendu?
-Ne t’inquiète pas. Ils se sont tous arrêtés.
-Le monde attend?
-Oui il attend.
rupTure.
À propos de l'œuvre...
Parti d'un mot fort, le mot rupTure m'évoquait la nécessité de briser une dynamique suicidaire pour notre existence et celle de nos descendants.
Le T au milieu du mot m'évoquait une croix, comme si quelque chose était mort (si ça pouvait être le monde d'avant, j'en serais ravi!) avant une renaissance. Enfin, j'ai vu dans ce mot mon parcours personnel fait de changements parfois brutaux mais qui font grandir et réfléchir, un peu comme ce qui nous arrive présentement.

Tahar Hadadine

Montréal (Québec - Canada)
« J'ai adoré faire cet exercice d'écriture pour la première fois. Je savais que j'allais entraver toutes les règles mais avec le mot "rupTure", j'avais un alibi solide! »