En ces temps où le temps ne compte plus, il fallait trouver autre chose

Naviguer seule à l’intérieur de soit
Ouvrir la porte comme si c’était la première fois
Plonger loin dans les souvenirs
Se dessiner les pointillés d’un avenir
Accourir vite dans le cerveau
Et ne plus se retrouver à flot
Car plusieurs paliers arrivaient
Des escaliers à l’odeur cirée
Une descente dans la cave souterraine
Qui finalement ne fut pas veine
Une montée jusqu’au balcon du haut
Pour essayer de tirer les rideaux
Et le soleil de venir frapper ma tête
Immense vide, simple casse-tête
À l’envers ou à l’endroit navigant
Même les couloirs étaient gênants
Un nouveau labyrinthe pour maison
Jusqu’à en perdre la raison
Au creux des respirations oubliées
Le souffle du vent s’est posé
À l’arrière de ma nuque dénudée
Comme inopinément il a trouvé
Un refuge où naguère il avait mis son encre
Un point de chute pour établir son antre
Ma maison, ma raison, celle qui me fera devenir un peu folle
Mais la folie en ce monde est comme une farandole
Celle dont les êtres ne se touchent pas
Celle dont on suit le précédant de ses pas
Loin derrière à deux mètres
Pour éviter de se commettre
À l’amour comme à la guerre, on combat à coup de mots
Avec pour ultime but de toucher en plein cœur et créer le chaos
Si la foudre s’abat sur nous ces jours-ci
Espérons que ce soit par amour et non dépit
En ces temps ou le temps de compte plus, il fallait trouver autre chose
Un entre deux espaces qui rendent la vie un peu moins morose
Faire des lignes en rime comme la poésie de mon enfance oubliée
Celle où l’on avait une note inscrit en rouge dans un cahier

Yolaine Maudet

Montréal (Québec - Canada)
« Ecrit d’une traite au cœur de la nuit, j’avais pour projet de retravailler ce texte au petit matin, mais finalement, je l’ai laissé brut, tel quel. J’ai toujours eu du mal à repasser sur un texte! Dans mon élan de création, je me suis rendue compte que les premières lignes arrivaient avec des rimes. Je n’écris jamais de poésie en rime, j’irai même jusqu’à dire que je trouve ça parfois convenu et ennuyeux, voire contraignant, d’écrire en rime. Cela m’a replongée dans les premiers poèmes écrits à l’école primaire! Finalement de la contrainte naît souvent la liberté. Ce qui fait un joli parallèle avec le confinement que nous vivons : de cette contrainte naît parfois des libertés artistiques qu’on n’aurait pas soupçonnées! »