La lave

La lave se boit
Sans en avoir le choix
Dans les mots durs
Les mots vilains
Qui laissent une écume
De peur et de doute
De honte et de chagrin

La lave coule
Des mains avares
Des gestes mesquins
Des yeux sournois
Des sourires froids
Des reproches vides
Des insultes sans voix
Des jours sans bonjour
Des soirs noirs d’émois

La lave efface
Les nouvelles histoires
Les idées d’amitié
Les bourgeons d’espoir
Les gentilles vanités

Elle dissipe le passé
Rabaisse ce qui a été
Ou ce qu’elle n’a pas décidé

Elle s’offense de la joie qu’elle n’aurait pas créée
De l’amour qui l’a précédée
De l’avenir qu’elle n’a pas imaginé

La lave nourrit à poignées de miettes
Mon coeur éventré
Qui ne saurait plus vivre
Qu’au gré de sa volonté

La lave c’est toi qui m’arraches mes pourquoi
Qui dictes les conquêtes et me gaves d’effroi
Qui t’insères dans les fentes de mon âme brisée
Les écartes, les violes, les éclates sans pitié
Qui rafles mon pouvoir
En recouvrant de bonté
Ce fiel dont je m’abreuve
Sans plus de gaieté
Sans plus d’amour, ni de volonté
Me forçant en noces
À une intimité féroce
Pour qu’à jamais tu demeures
Artisan de ma douleur
Bourreau de ma joie
Maître
Et loi

Camilla Sironi