L'élan du capitaine

Je suis une femme régulièrement submergée dans la vie, dans les projets, les rapports humains,
dans mon ambition, ma vie quotidienne, mon organisation.
Je peux me perdre dans les détails administratifs, dans les réseaux sociaux. Je rame à trouver
mes priorités, à trier mes papiers, mes notes, mes photos.
Tout ce qui est censé faciliter ma vie ou me distraire me ralentissent comme les applications et les
multiplications d’écran qui me stressent. Je coule toutes les semaines face aux dossiers à étudier,
aux articles à lire, aux émissions à regarder, aux podcast à écouter.
Je sombre dans un temps que je perds à répondre aux sms, messages, messenger, mails,
whatsapp, signal. Bref je suis de celle qui se noie des fois dans un verre d’eau

Alors au lieu de déprimer je me mets à rêver à ma retraite où je pourrai enfin trier mes documents,
mes captures d’écran… Et tout à coup dans un joyeux tintamarre mon enfant entre dans ma pièce
et j’oublie tout. Ou plutôt il me rappelle que pour l’instant j’ai bientôt 40 ans et un petit gars en
maternelle.

Il est plein de joie, à vivre sans se poser de questions.
En même temps il s’en pose plein de questions.
J’aime sa voix si affirmée à dire les choses et à chantonner.
L’entendre me fait le plein d’énergie alors je chante avec lui.

Capitaine les p´tits bateaux
Qui vont sur l´eau
Ont-ils des jambes?
Mais non, maman bêta
S´ils en avaient, ils marcheraient!

Tu as trois ans et demi
tu es haut comme trois pommes
et déjà je te trouve grand.
Tes pantalons deviennent courts
tes cheveux dépassent tes épaules
tes joues sont rouges de joie
tu t’es gorgé de rire, de soleil
tu te sens bien dans tes petites baskets

J’aime tes bêtises de 3 ans et demi,
tes secrets que tu me chuchotes dans l’oreille
toi qui ne peux rien cacher.

Tu comprends tout
tu enregistres tout
tu nommes tout
même les non-dits

Des fois j’ai l’impression que c’est toi
qui me fait grandir en m’évitant de m’engourdir.
Tu m’apprends à nommer les choses, à dire.

Je pressens que tu vas vite me dépasser, et ça me dépasse.
Je ne suis pas impatiente de ce temps qui va me faire passer
de la super maman, à la mère oldschool, boomer etc

Maman les p´tits bateaux
Qui vont sur l´eau
Ont-ils une âme?
Mais oui, mon gros bêta
S´ils n´en n´avaient pas, ils n´avanceraient pas!

Toi mon enfant, mon petit miroir déformant
tu me montres oh combien je vois toujours trop grand

Avec toi je revois les bases: je révise le bon sens
et je réapprends le sens de la justice

Tu me fais oublier mes doutes et ma culpabilité
à t’avoir mis dans ce monde absurde et violent
Le fait est que je t’ai voulu et que tu es là.

Cette terre je ne veux pas qu’elle tourne de travers
mais c’est le cas et toi juste tu t’adaptes.
Et quand tu en as besoin ta petite main se blottit
dans la mienne et tout redevient à la bonne place.

Va, quand tu seras grand
Tu feras le tour du monde
Pour lutter vaillamment contre le vent et la mer
À propos de l'œuvre...
J’ai répondu à un très beau texte de Mélanie où une mère et son jeune fils sont, pour reprendre ses termes, « interdépendants pour leur survie physique et affective ». Il m’a paru évident d’écrire à partir de ma vie de mère, en reprenant son idée d’enfant capitaine.

Juliette Allauzen

Rezé (France)
« Cela faisait longtemps que je souhaitais témoigner en tant que mère, l’occasion était belle. Merci à Mathieu Lané-Maby pour cette invitation! »