Printemps noir

Printemps noir et printemps clair
Poussières d’os et terres de bruyère
Rires d’enfants et larmes amères

Soudain sidérée je me tiens
Debout chancelante
Je vais bien
Combien d’autres

Le cerisier fleurit
Derrière la fenêtre
D’autres suffoquent
Larmes amères

Nous sommes légions
Nous sommes seuls
Nos vies se dépareillent

Ô vous mes sœurs humaines
Qui chaque matin
Se tiennent debout dehors
Tiennent des mains à bout de souffles

Ô vous mes autres frères
Qui le visage ouvert
Arpentent la ville ensommeillée
Pour que vie se fasse

Ô vous seuls ô vous tous
Que vos larmes se fassent douces
Le vieux monde s’éteint peut-être
Il a trop vécu

Ce n’est pas sans douleur
Ce n’est pas sans peine
Mais la coupe est pleine
Sans couronne et sans fleurs

Printemps noir et printemps clair
Poussières d’os et terres de bruyère
Chants de deuil et larmes amères

Ramassons dès ce jour les cendres à venir
Demain dès l’aube tenons-nous debout
Pour voir éclore d’autres printemps
Des saisons de foule des saisons folles

Ce monde est le nôtre
Nous sommes seuls
Nous sommes légion
Demain nous nous lèverons
À propos de l'œuvre...
C'est un texte en vers, et une réponse au texte reçu hier. Celui-ci évoquait la fascination de deux personnes l'une envers l'autre, même si elles ne se connaissent pas, et Syreeni (qui a écrit le texte) parlait aussi d'une sortie vers un monde différent, nouveau et pareil à la fois. Le texte prenait place dans un univers quotidien, celui d'un bureau.

Certains termes m'ont parlé, comme celui d'âme soeur, et certains thèmes, comme les liens qui peuvent relier des êtres qui ne se connaissent pas. Après avoir envisagé plusieurs points de départ, j'ai repensé à un texte que j'avais écrit pendant le confinement, et que j'avais laissé en jachère : j'y ai retrouvé ce que je voulais dire, je l'ai donc repris et réécrit.
Le confinement a été à la fois un moment qui sépare (chacun chez soi) et qui relie. Un lien ténu s'est créé aussi avec des inconnus, ceux qui permettaient que la vie continue, malgré tout, et qui étaient alors les seuls à pouvoir habiter le monde du dehors : les soignant.e.s, les livreurs / livreuses, postiers et postières... autant d'invisibles hier.
C'était aussi une expérience collective de fragilité infinie, de confrontation à la disparition et à la mort. Nous étions seuls et nombreux, malgré la diversité des expériences de chacun. J'ai eu envie d'exprimer tout cela, ces sentiments contrastés, mais aussi cette envie de collectif pour des lendemains différents.

Isabelle Soraru

Strasbourg (France)
« C'était une expérience intéressante, j'ai été un peu déroutée par le texte reçu au départ, j'ai pris le temps de m'y immerger et de le relire plusieurs fois. Pour le coup j'aime bien les contraintes dans l'écriture (du moment qu'elles ne sont pas trop rigides) ça rend plus créatif je trouve.
Le principe est vraiment chouette, merci de m'avoir permis de participer! Il y a un côté collectif qui me plait bien, tout en laissant pas mal de marge de manoeuvre. Et puis le format était idéal pour moi qui ait (malheureusement) souvent trop peu de temps pour écrire. »