Des voix dans la tête

Des voix dans la tête
Plusieurs
De nombreuses voix
De toutes les couleurs
Tant de voix, tant de textures

Elles parlent, elles parlent, elles parlent, elles parlent
Débitent tant de mots, tant de syllabes
Elles jacassent sans s'écouter
Se parlent à elles-même
Ou me parlent comme si je pouvais les écouter

Mais elles s'entremêlent
Les phrases déferlent comme un torrent
Dévalent à toute vitesse.
Entêtement
Mal de tête

Certaines chuchotent, d'autres balbutient
Une crache, l'autre vomi
Elles courent
Elles se pressent de peur de ne pas être entendues
De peur de disparaître.
Crient, vocifèrent, insistent, scandent, répètent inlassablement
Saccadent, ricanent, s'étouffent, hurlent, manifestent
Articulent, se bousculent, percent, malmènent
Argumentent, se révèlent, schizophrènes
Critiquent, jugent, donnent la bonne marche à suivre
S'imposent, envahissent, attaquent, tirent, mitraillent, s'entrechoquent.

Et voilà que c'est le chaos, collision, heurt, accident
Surgissent peurs, angoisses, projections, douleurs,
Ombres sombres qui s'insinuent vicieusement telles un serpent qui dévore toute lumière
Tout espoir perdu
Je suis avalée par des monstres qui rugissent
Aui grugent mes membres, qui m'arrachent la tête
Des ogres à multiples têtes

Stress, trop plein, agitation, élucubration et tergiversations
Pour, contre, plus loin, plus proche. Pourquoi et quand au juste?
Toujours, jamais, peut-être...

Je ne fais qu'entendre du bruit
Tant de bruit
Autant de mots qui se superposent et tourbillonnent
Une spirale infernale
Un vacarme turbulent sans espace ni silence

Trop de mots
Trop de mots qui emplissent l'espace.
Ça grésille, ça fatigue, ça irrite.

Enfermée, confinée dans ma tête
Des murs dressés
Des portes dures et closes
Des fenêtres barricadées
On étouffe, on manque d'air
L'étau se resserre, prisonnière
Oppression et manque d'horizon

L'air épais et lourd
Noirceur et hallucinations
Solitude
Peurs et blessures comme des fantômes qui rôdent
Ombre cachées qui se révèlent dans la pièce
Devenue une boîte hermétique, psychotique
Psychotrope, sous l'oeil du cyclope.
À propos de l'œuvre...
J'ai reçu deux oeuvres sur laquelle baser ma création : le gif « Soulever des montagnes », qui parle de
la dif ficulté à gérer le poids de nos sentiments qui peut parfois paraître comme d'imposantes
montagnes à affronter.
Et un montage vidéo rappelant le manque de contact humain en ces temps de confinement, avec,
entre autres, des photos de mains qui se touchent et la nécessité de solidarité.
J'ai alors eu envie de partir de ce que m'inspirait le gif dans ce que seraient ces montagnes.
J'ai donc d'abord écrit un texte sur l'envahissement des pensées qui nous amènent à nous engouffrer
dans tout un tas de sentiments qu'il faut ensuite affronter.
Puis, j'ai décidé d'enregistrer ce texte pour le déconstruire. Il est devenu un outil musical pour donner
cette sensation d'envahissement et d'étouffement.
La 2ème oeuvre m'a inspiré la direction où aller ensuite. J'ai donc improvisé au violon (une seule voix)
sur cet état de mal-être qui va progressivement se calmer, se transformer pour faire appel à d'autres
voix (pas celles à l'intérieur de nous cette fois mais peut-être celle des autres, de ce qu'on aime et qui
nous aiment) pour créer une superposition harmonique qui ira vers une paix intérieur et finalement,
une libération.

Fany Fresard

Montréal (Canada)
« Participer à la chaîne créa a été une première pour moi et une expérience vraiment très nourrissante.
En générale, je créée avec d'autres ou seule sans contraintes particulières.
Le fait d'avoir une limite de temps et les oeuvres d'autres artistes comme cadre de création m'a obligé à explorer une nouvelle manière de faire.
J'en retire un immense plaisir et une envie de me mettre moi-même des balises pour mes prochaines créations; une façon d'aller ailleurs et plus loin, trouver de nouveaux sentiers d'expression à emprunter.
Merci infiniment Caroline d'avoir rendu cela possible et de me (nous) pousser à créer.
C'est une magnifique initiative. Longue vie à la chaîne créa ! »